Professeur de photographie depuis 2010, j’ai peu à peu quitté l’image capturée pour l’image créée.
Aujourd’hui, je me consacre entièrement aux arts plastiques.
Aquarelle, huile, pastel… chaque médium m’attire, me traverse, me transforme.
Chacun porte sa matière, son rythme, sa vérité.
En regardant mon parcours, les questions demeurent.
Peut-être ai-je cherché un art plus direct, plus nu — débarrassé des artifices de l’appareil photographique.
Peut-être suis-je simplement fasciné par la puissance d’une couleur, la justesse d’un trait,
par ce langage silencieux qui touche sans expliquer.
Ou peut-être est-ce une forme de résistance ?
Résistance à un monde obsédé par la vitesse, la performance, la rentabilité.
Face à cela, la peinture impose un autre temps : lent, incertain, fragile.
Un temps fait d’hésitations, de reprises, d’erreurs.
Un temps humain.
Créer serait-il alors un acte politique ?
Non pas parce qu’il dénonce, mais parce qu’il échappe.
Parce qu’il peut refuser la logique marchande, l’efficacité immédiate, l’automatisation généralisée.
Peindre, c’est aussi renouer avec quelque chose de fondamental. Depuis les parois des grottes jusqu’à aujourd’hui, l’être humain crée. Sans toujours savoir pourquoi. Comme si l’art était une nécessité vitale, une fonction organique.
Enfin, peindre, c’est préserver.
Dans un monde qui s’abîme, où les paysages disparaissent sous le béton et l’exploitation,
représenter un arbre, une montagne, un fragment de vivant, devient un geste essentiel.
Une manière de prolonger l’émerveillement.
L’art ne serait t-il pas devenu le seul moyen de sauver nos imaginaires de la tyrannie fonctionnelle de la société industrielle, sa laideur intrinsèque, son uniformisation et son désastre écologique ?
