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Le portrait : observation ou Loomis ?

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Lorsqu’on apprend à dessiner un portrait, deux grandes approches sont souvent proposées. La première consiste à observer directement le modèle et à dessiner ce que l’on voit, sans construction géométrique préalable. La seconde s’appuie sur une méthode de construction, comme la méthode Loomis, qui permet de construire la tête à partir de formes simples.

Ces deux méthodes peuvent sembler opposées. Pourtant, elles ne développent pas exactement les mêmes compétences et peuvent être très complémentaires. Comprendre leurs différences permet surtout de choisir la bonne approche selon ce que l’on cherche à apprendre.

1. La méthode de l’observation pure : apprendre à voir

La méthode d’observation pure consiste à regarder le modèle et à essayer de reproduire les relations visuelles que l’on perçoit.

On ne cherche pas d’abord à savoir comment une tête « devrait » être construite. On observe plutôt :

  • la forme générale du crâne ;
  • l’inclinaison de la tête ;
  • la position des yeux ;
  • les distances entre les différents éléments ;
  • les angles ;
  • les proportions ;
  • les ombres et les lumières ;
  • les formes négatives autour du visage ;
  • les particularités propres au modèle.

L’objectif principal est donc de développer la capacité à voir avant de dessiner.

Son grand avantage : apprendre à se méfier de ce que l’on croit savoir

Lorsque nous dessinons un visage, notre cerveau possède déjà une représentation très forte de ce qu’est un œil, un nez, une bouche ou une oreille.

Le problème est que cette représentation mentale est souvent plus forte que ce que nous avons réellement devant les yeux.

On dessine alors « un œil » plutôt que cet œil précis, avec son inclinaison, sa forme, son ouverture et son rapport avec les autres éléments du visage.

L’observation pure oblige à revenir constamment à la réalité :

« Qu’est-ce que je vois réellement ? »

C’est une compétence fondamentale pour le dessin d’après modèle.

Mais cette méthode possède aussi une difficulté

Sans structure préalable, il est facile de se perdre dans les détails.

On peut commencer par dessiner un œil, puis l’autre, ajouter le nez, la bouche, les cheveux… et découvrir à la fin que le visage entier est trop large, trop étroit ou mal incliné.

Le dessin peut alors être constitué de bons éléments individuellement, mais mal organisés entre eux.

C’est l’une des principales difficultés du portrait d’observation.

2. La méthode Loomis : apprendre à construire

La méthode développée par Andrew Loomis propose une approche différente.

Au lieu de commencer directement par les détails du visage, on construit la tête à partir de volumes simples.

La tête est notamment représentée par :

  • une forme sphérique pour le crâne ;
  • une découpe correspondant aux côtés du crâne ;
  • un axe indiquant l’orientation de la tête ;
  • des lignes permettant de positionner les yeux, le nez, la bouche et le menton.

On commence donc par comprendre la structure tridimensionnelle de la tête avant de placer les détails.

L’intérêt est considérable pour le débutant : plutôt que de devoir trouver immédiatement toutes les proportions dans un visage complexe, il dispose d’une sorte de charpente.

La méthode Loomis aide notamment à comprendre :

  • l’orientation de la tête ;
  • la perspective ;
  • la symétrie générale ;
  • les volumes ;
  • la position des différents éléments du visage ;
  • les différences entre une tête vue de face, de trois-quarts ou de profil.

Elle est particulièrement utile lorsque l’on veut dessiner un portrait sans modèle, ou inventer un personnage sous différents angles.

3. La principale différence : voir ou construire

La différence fondamentale entre les deux méthodes peut être résumée ainsi :

L’observation pure part du réel pour aller vers le dessin.

La méthode Loomis part d’une construction pour aller vers le visage.

L’une demande :

« Qu’est-ce que je vois ? »

L’autre demande :

« Comment cette tête est-elle construite ? »

Ces deux questions sont différentes, mais elles sont toutes les deux essentielles.

4. Les risques de chaque méthode

Le risque de l’observation pure

Le principal risque est de devenir dépendant du modèle.

On peut parvenir à réaliser un portrait ressemblant lorsque le modèle est devant soi, mais être incapable de dessiner correctement une tête de mémoire ou d’imagination.

Autre difficulté : le dessin peut manquer de construction. Le portrait ressemble parfois au modèle mais semble « plat », parce que le dessinateur n’a pas suffisamment compris les volumes qui se trouvent derrière les formes visibles.

 

Le risque de la méthode Loomis

La méthode Loomis présente le problème inverse.

Lorsqu’elle est appliquée de manière trop rigide, elle peut conduire à produire des visages construits mais génériques.

La tête est correctement orientée, les yeux sont correctement positionnés, le nez est placé à la bonne hauteur… mais le personnage ne ressemble pas réellement au modèle.

Pourquoi ?

Parce que la ressemblance ne dépend pas seulement des proportions générales. Elle dépend également de petites particularités :

  • la forme spécifique du crâne ;
  • la largeur du visage ;
  • la forme des arcades sourcilières ;
  • l’inclinaison des yeux ;
  • la longueur du nez ;
  • l’épaisseur des lèvres ;
  • la forme du menton ;
  • la structure des pommettes ;
  • et surtout les relations précises entre toutes ces formes.

Une construction parfaite ne garantit donc pas la ressemblance.

5. Une approche particulièrement efficace : les combiner

Pour apprendre le portrait, on peut utiliser la méthode Loomis comme outil de construction, tout en conservant l’observation comme compétence principale.

Par exemple :

 

Étape 1 — Observer avant de dessiner

Pendant quelques instants, ne rien dessiner.

Regarder uniquement :

  • l’inclinaison générale de la tête ;
  • sa largeur et sa hauteur ;
  • l’orientation du visage ;
  • les grandes masses d’ombre ;
  • les principales lignes d’axe.

Étape 2 — Construire légèrement

Utiliser ensuite une construction proche de Loomis :

  • forme générale du crâne ;
  • axe vertical ;
  • axe horizontal des yeux ;
  • indication de la mâchoire ;
  • emplacement approximatif du nez et du menton.

Mais cette construction doit rester souple.

Elle ne doit pas imposer au modèle une forme standardisée.

 

Étape 3 — Comparer constamment avec le modèle

C’est ici que l’observation reprend le dessus.

Le crâne est-il réellement aussi rond que le cercle initial ?

Le visage est-il aussi symétrique ?

L’axe des yeux est-il vraiment horizontal ?

Le nez est-il réellement centré ?

La mâchoire correspond-elle à la construction ?

Si la réalité contredit la construction, c’est la construction qu’il faut modifier.

 

Étape 4 — Chercher les particularités

Une fois la structure générale en place, il faut abandonner progressivement le « visage générique » de Loomis pour chercher la personne réelle.

C’est à ce moment que la ressemblance apparaît.

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